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PENSER AU-DELA DE L'HUMAIN


Penser au-delà de l'humain, telles semblent être les tentatives d'approches proposées ici selon des horizons et des lieux différents (Zone arctique, Nouvelle Zélande, Amazonie, Massachussetts) mais qui visent toutes une union de l'homme avec la nature.

Olivier Remaud, Penser comme un iceberg, "Mondes sauvages", Acte sud, 2020

Eduardo Kohn, Comment pensent les forêts. Vers une anthropologie au-delà de l'humain, préface de Philippe Descola, Zones sensibles, 2017

Sacha Bourgeois-Girond, Être la rivière. Comment le fleuve Whanganui est devenu une personne vivante selon la loi, Puf, 2020

Henry D. Thoreau, Pensées sauvages, Le mot et le reste, 2020

Olivier Remaud nous plonge dans le monde blanc de drôles d'icebergs dotés de paroles. Par une série de séquences narratives évoquant tout à tour les données scientifiques d'explorateurs des zones polaires (Noble), de glaciologues, de géographes (Élisée Reclus, Paul-Émile Victor), d'anthropologues (Saladin d'Augluse, Cruikshank), de naturalistes (John Muir), mais aussi en recourant aux observations de romanciers (Garry Lopez), de photographes (Camille Seaman), l'auteur esquisse une sorte de phénoménologie de la neige pour décrire ces contrées enneigées constituées des glaciers, de la banquise et des icebergs. Cette recherche d'une langue pour décrire ces formes naturelles sensibles aux vies inattendues croise la mythologie des Inuits, c'est-à-dire son versant culturel. L'intention de l'auteur consiste alors à montrer au-delà du sublime esthétique comment l'interaction sociale et environnementale vécue par les autochtones produit une inversion de perspective : « le monde change en imitant ses habitants » (p. 136). Cette pensée intériorisée du paysage confère une valeur morale collective assignée aux éléments naturels non séparés des humains et des animaux partageant le même milieu de vie dans le respect mutuel de distances réglées.
L'auteur médite en particulier la réflexion de H.D. Thoreau : « Dans la vie sauvage repose la sauvegarde du monde » (In wildness is the preservation of the world), prenant le soin de distinguer conceptuellement la recommandation de vivre selon la vie sauvage (wildness) de la préservation du monde sauvage (wilderness) comme un espace tenu à distance (parcs nationaux), voire hostile (désert). Or l'érémocène (formé à partir du mot désert) définit comme « ère de la solitude » ne doit pas succéder à l'anthropocène. Au contraire l'auteur appelle à la nécessité de pratiquer une ouverture animiste au monde, un réensauvagement. Se fondre dans le paysage plutôt que de se maintenir en retrait, trouver les moyens d'un langage commun archaïque. Les croyances indigènes témoignent souvent d' « une intelligence susceptible d'informer la science » (p. 173). Il s'agit donc d'entrecroiser les récits et les méthodes (ce que l'auteur tente ici de faire) pour comprendre le monde, coexister avec lui.
Penser comme un iceberg permet au lecteur de faire une expérience de pensée vers une altérité élargie, de passer de la description à la compréhension de notre relation aux entités naturelles.

Eduardo Kohn, anthropologue canadien ayant étudié sur le terrain pendant quatre ans une communauté équatorienne de la forêt amazonienne, nous invite à voir ce milieu de vie sauvage comme un espace saturé de signes, indiciels ou iconiques, animée par des formes de vie multiples (invisibles et fluides) dont les modes de communication ou d'action outrepassent notre représentation anthropocentrique fondée sur le langage symbolique.
Le livre alterne entre interprétations ethnographiques en empathie pour la pensée « sauvage » des Runa (par exemple comment les Puma-Runa désignent « des êtres qui peuvent se voir eux-mêmes en train d'être vus par des jaguars comme des compagnons de prédation » (p. 20)) et conceptualisation anthropologique de leur mode de pensée analogique, étayée par la sémiotique de Peirce, qui s'avère difficile à suivre jusque dans ses aboutissements.
La thèse de l'auteur, qui a fait date, porte sur l'agentivité des non-humains naturels ou surnaturels, des formes de pensées dématérialisées dans le monde possédant des propriétés logiques unidirectionnelles et enchâssées composant un même milieu de vie sylvestre (biotope) vu comme un ensemble de formes signifiantes (patterns) dont les modes d'interdépendances dépassent nos cadres sociaux humains. Il s'agit pour l'auteur de penser au-delà de l'humain à partir de la sémiose (l'ensemble des signes) dissimulée dans le réel en terme de morphodynamisme.
Le vivant est défini en retour comme un processus intrinsèquement sémiotique et consécutivement comme un « soi ». On pense forcément à la similarité avec la monade leibnizienne prise dans le prisme des représentations des autres mais le lecteur reste dans un flou conceptuel concernant ces pensées vivantes sauvages, cette écologies des sois, plus encore de savoir « comment une manifestation particulière d'un général existe dans le monde au-delà de la vie » (p. 213). La notion de « pensée » semble ici surdéterminée.
Tout du moins la réflexion de Kohn porte un certain enthousiasme heuristique à vouloir renouveler l'attention ethnographique dans le sens, il est vrai, d'un certain perspectivisme réintroduisant les vues du chamanisme et de l'animisme.

Sacha Bourgeois-Gironde, dans ce livre au titre énigmatique de prime abord, aborde la difficile question de notre relation juridique à la nature. Philosophe et économiste intéressée par les limites de notre rationalité, elle propose ici une passionnante enquête juridique et philosophique sur le statut de la personne morale accordée à une entité naturelle : la rivière Whanganui de Nouvelle Zélande, au point d'être considérée par les textes de lois récemment promulgués, comme une personne vivante qui se possède elle-même !
Le suivi de l'élaboration de la législation qui a abouti à ce statut inédit, fait en quelque sorte jurisprudence pour les débats portant sur la considération humaine de l'environnement naturel. Succédant historiquement à une approche esthétique des paysages naturels, ou économique (la rivière comme ressource, dans le cas étudié), l'approche politique postcoloniale dont il est question ici (qui dénote une démarche surtout occidentale) a conduit les législateurs en accord avec la communauté maorie à rétablir l'authenticité du lit du fleuve victime de l'industrialisation avec ses pollutions, en allant au-delà de la seule logique protectrice ou réparatrice - le texte de loi validerait par là seulement le caractère sacré de la rivière qu'elle revêt pour les maoris permettant sa réappropriation symbolique -, en dénonçant plus avant l'atteinte de l'intégrité de la rivière elle-même, par ailleurs dommageable pour l'homme ou au regard d'un usage traditionnel ancestral. Par cette loi, l'identité de la rivière est promue comme un droit positif accordé à une étendue géographique reconnue non en tant que bien commun (collectif, public) mais au titre d'un droit personnel (auto-propriété). Acter de la sorte n'équivaut pas à une réparation passéiste dans le cadre d'un droit territorial honni, car il ne s'agit pas dans le cas présent d'un droit de propriété revendiqué par la communauté maorie mais bien de « la création symbolique d'une nouvelle entité légale » (p. 106). Il s'agit de la reconnaissance ontologique d'une instanciation physique, certes à partir de valeurs indigènes, mais qui ne signifie pas pour autant une mise sous tutelle. C'est ce statut hybride que tente de justifier l'herméneutique juridique développée par l'auteur dans la mesure où celui-ci répond aux normes de rationalité. On lira avec intérêt le développement (pp. 149-158) sur les options de régulation d'un bien commun concernant la limite critique d'exploitation de la rivière, entre appropriation par un usage libre et finitude des ressources halieutiques, ou de l'alternative entre privatisation et collectivisation.

Henry David Thoreau composait ses conférences ou essais à partir d'une somme abondante de notes journalières. Cette brève anthologie de pensées sauvages glanées dans son œuvre, réitère le genre en puisant celles-ci dans son Journal (1837-1850), ses Essais, et Walden ou la vie dans les bois (1854). Elle permettra de présenter aux plus néophytes la posture intellectuelle de cet anti-conformiste défenseur de la vie sauvage, et servira de vade-macum à ses réflexions condensées sur le progrès, la nature, la mode et la consommation, la justice sociale, la propriété privée, l'autonomie, la religion, réunies ici en trois parties : l'attrait pour la vie sauvage, la critique de la modernité, le principe d'économie de la vie (pauvreté volontaire comme art de vivre).
On appréciera à sa lecture la pertinence de son bon sens, la conviction dans son raisonnement, la recherche de la formule qui frappe, allant allègrement de la finesse dans l'observation aux sentences morales, celle-ci donnera un avant-goût de ce foisonnant chercheur de notre présence au monde.

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