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PARUTION

le choix du libraire



Colères et inquiétudes post-COVID




Frédéric Worms, Sidération et résistance. Face à l'évènement (2015-2020), Desclée de Brouwer, 2020

Jean-Luc Nancy, Un trop humain virus, Bayard, 2020

Donatella di Cesare, Un virus souverain. L'asphyxie capitaliste, La Fabrique, 2020

Jean-Philippe Pierron (dir.), L'éthique médicale à l'épreuve de la COVID-19, EUD, 2020

Alexandra Laignel-Lavastine, La déraison sanitaire. Le Covid-19 et le culte de la vie par-dessus tout, Le bord de l'eau, 2020

Jean-François Lattarico, La pangolinéide ou les Métamorphoses de Covid, Van Dieren éditeur, 2020


Frédéric Worms nous invite à travers ses chroniques journalistiques (comprenant de brèves fictions et réflexions "sur le moment") à faire face à l'événement: "Il ne s'agit pas de céder à la sidération, même s'il ne s'agit pas non plus de la nier. Il s'agit d'en enregistrer le choc, mais c'est pour en reconstruire le sens, qui est la condition et le début d'une résistance" (p. 7).
Ce conseil simple vaut pour la pandémie du Coronavirus chroniqué le 28 février 2020, et à rebours, pour les attentats de 2015 chroniqués le 24 janvier 2015. Et entre ces deux dates au fil de l'actualité, défile toute une série d'événements sociaux, politiques ou culturels, souvent démultipliés par leurs retentissements dans les médias, perçus comme source de danger ou de perplexité et dont il faut discuter.
Il en ressort pour l'auteur que face à cette répétition de circonstances dissemblables, dont l'enchaînement plus que la succession laissent suggérer des logiques sous-jacentes, c'est tout un monde commun qui change, nous ébranle et nous questionne, qui reste toujours à reconstruire autour de valeurs « vitales » portées par les convictions de l'auteur : solidarité, cosmopolitisme, humanitaire. Une notes d'espoir de résilience face à la pandémie actuelle.

Jean-Luc Nancy s'essaye à philosopher en temps d'épidémie dans ce recueil de courtes communications (vidéos YouTube, articles de journaux, conférences, entretiens) datées de mars à fin mai 2020. L'auteur, en candide observateur, promène son regard sur nos réactions face à cette soudaine crise sanitaire allant de l'hébétude à l'incertitude et manifestant beaucoup d'inquiétude, crise de l'esprit, celui de l'homme face à sa finitude. Son diagnostic fait retour sur cet impensé, symptôme d'une crise civilisationnelle marquée par le mal du désir de toute puissance. Il appelle à un sursaut de l'esprit (« si nous savons ce que nous voulons » , p. 32) capable de faire place à la refondation philosophique du sens et du lien démocratique. Mais aussi à l'humilité de l'expérience vécue, car cet arrêt temporaire imposé par la pandémie et le confinement, au-delà des réponses prises dans l'urgence, ouvre un temps de réflexion à même de nous réconcilier avec l'inachèvement du sens.

Donatella di Cesare, universitaire italienne, livre à chaud ses réflexions d'ordre politique prolongeant son suivi, au fil de l'actualité, de la situation inédite de confinement mondialisé. L'auteur égrène ainsi les premiers constats destructeurs et dérégulateurs de cet événement imprévisible d'une ampleur planétaire de l'épidémie de Covid qui a ébranlé tout à la fois notre système immunitaire et par effet viral notre organisation économique mondiale fondée sur le capitalisme.
Ce pamphlet alarmiste en temps de crise interroge le processus d'involution produit par ce choc catastrophique faisant suite à l'accélération du risque imminent d'une auto-destruction de l'Humanité succombant à l'asphyxie capitaliste, expression qui résume en deux mots ce nouvel ordre du monde irrespirable. L'auteur accuse la domination souveraine du bio-pouvoir, la politique immunitaire étatique guidée par la gouvernance des experts, jugée anti-démocratique, phobocratique (avec sa réponse complotiste et son corrollaire xénophobique). Elle dénonce par là le règne de la peur (distanciation sociale et écranique) qui isole (confinement) et surveille (traçabilité généralisée) et qui finalement entrave notre communauté politique citoyenne, bafouée par une stratégie sanitaire liberticide, qui affecte également notre état psychique rendu vulnérable, sujet aux pathologies auto-immunes.

Jean-François Cattarico, contrairement à ceux qui se sont empressés de gloser sur l'infection du Covid, répondant à sa viralité par une viralité communicationnelle alarmiste et accusatrice, lui propose d'une façon originale un texte burlesque sur cet animal vedette, le pangolin, dont serait issu le virus mortel, précisément une parodie héroï-comique inspirée de l'épopée classique, à partir de ce synopsis : le mariage incongru de Pangolin et de Dame Chauve-Souris et la naissance de leur avorton, le Covid, suivi de la descente aux enfers d'Économie. La morale de cette fable animalière, qui rappelle La Ferme des animaux de George Orwell, serait la vengeance des bêtes en réponse à leur enfermement zoologique par les humains.
On appréciera surtout de cet amusement littéraire rompant avec le sérieux de la situation, l'intérêt stylistique volontiers hybride.

Jean-Philippe Pierron et les autres contributeurs parmi une trentaine tous spécialistes de l'éthique médicale ou acteurs en milieu médical, rappellent face à l'état d'exception sanitaire due à la pandémie de Covid, et à l'opposé du discours d'expertise bio-médicale constitué en bio-pouvoir, la dimension éthique essentielle dans la pratique soignante qui devrait être le moteur de la politique de santé publique. On peut mesurer l'écart entre ces deux régimes de santé par la confusion initiale des consignes de protection sanitaire ordonnant la distanciation sociale (salubrité contrôlée) pour recommander finalement la distanciation spatiale (santé préventive) ainsi qu'à travers de nombreuses dérives autoritaires justifiées par l'urgence (hygiènisme funéraire, surveillance numérique, etc.).
L'éthique de la relation de soin a été soudainement ébranlée par cette crise sanitaire, ce que révèle chacun des témoignages assez brefs, éclectiques selon les points de vues, de praticiens du care de la région Franche-Comté et Bourgogne.
Entre autres constats de dérive, on note : les effets indirects et dommages collatéraux (désadaptation, psycho-traumatisme) qui nécessitent à côté de la prévention curative et palliative, une prévention tertiaire d'accompagnement des personnes infectées ou à risque ; la rhétorique guerrière et héroïque adoptée par le pouvoir public qui interfère avec la déontologie habituelle du personnel soignant ; l'abstraction des corps opérée par une gestion financière d'un système de santé désincarné ; l'instauration d'un régime d'exception recourant au solutionnisme technologique (dépistage stigmatisant, priorisation des malades, des masques) avec ses effets corollaires (réduction des consultations de suivi médical). De nombreux autres aspects sont abordées. Il en ressort que l'éthique de la décision a été trop souvent déconnectée de la dimension interhumaine du soin. La politique d'urgence sanitaire a pris le dessus sur le pluralisme thérapeutique.
Cet ensemble de témoignages, de récits et d'analyses émises à titre personnel, d'intérêts assez disparates, résonnent différemment lorsque l'on considère les pandémies du passé lointain ou celles plus récentes ayant les mêmes causes, qui montrent à chaque fois une dissolution de la société confrontée à l'anomie, aux agissements contradictoires, et qui nous renvoie au sentiment bien humain de la peur de la mort (imaginaire de la mort exterminatrice ou de la massa perdida).
Tous ces constats aussi négatifs soient-ils permettent d'envisager l'amélioration future de la prise en soins (rééducation gériatrique non réductible à un agîsme comme unique réponse politique d'accompagnement du vieillissement, détection des violences inter-familiales, évaluation du rapport bénéfice-risque de manière humaniste plutôt qu'hygiéniste, lutte contre la précarisation des personnes les plus vulnérables et la perte d'autonomie). Ils nous somment à questionner sur un plan plus théorique notre choix d'une société de proximité et de brassage plutôt que d'exclusion et de ségrégation ; à approfondir l'interrelation entre la crise sanitaire et la crise environnementale (apparition de zoonoses, 330 cas en 70 ans) conséquence de l'érosion de la biodiversité ; à réfléchir de façon prospective à la symbiose de l'homme et de la nature. Ces questions doivent susciter une solidarité de projets, la remise en cause du paradigme productiviste et la recherche d'une écologie vertueuse.

Alexandra Laignel-Lavastine s'indigne du choix civilisationnel que représente les mesures prises de confinement en réponse à la crise sanitaire du Covid en Europe notamment, dont la stratégie fut de privilégier la sauvegarde à tout prix (le « quoi qu'il en coûte ») de la vie biologique rendue sacrée, sur la vie pleinement humaine sacrifiée par l'asservissement de nos libertés. Stratégie qui tend à nier nombre d'existences amoindries, brisées parfois par la pauvreté engendrée (seuil accru de 150 millions de personnes), par peur d'une surmortalité toute relative comparée aux morts ordinaires dues à la pollution de l'air, du cancer, des maladies cardio-vasculaires, ou aux épidémies passées.
L'auteur interprète ce choix politique comme un refus du tragique de la mort, son déni par sentimentalisme (tendance transhumaniste) son refus de l'acceptation d'un risque raisonnable de morts. Et si, questionne t-elle, cette imposition brutale très peu démocratique ne servait-elle pas au nom d'un soi-disant sursaut moral pour sauver des vies, à dissimuler d'abord des déficiences politiques en matière de prévention ? Puis devant le manque avéré de stratégie planifiée, de faire preuve de lenteur technocratique, d'afficher un « jacobinisme forcené » , de s'ériger en un État care. L'auteur, au-delà de la critique de la légitimation du caractère proportionnel des mesures disciplinaires de confinement, remet ainsi en question le principe de sacralisation de la vie humaine (c'est-à-dire une définition biologique de l'existence individuelle : maximiser le bien-être) se substituant au choix d'une vie digne (c'est-à-dire une définition culturelle de l'existence qui vaut par les valeurs transcendantes qu'elle porte dont elle a hérité et qu'elle doit transmettre : liberté et engagement). Ces raisons de vivre qui nourrissent notre vie empêchent justement de retomber dans une existence déshumanisée (barbarie) ce qui serait pour l'auteur le signe d'une irresponsabilité envers les générations futures en leur léguant un monde technique où l'homme ne saurait plus affronter sa finitude.
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